Journée mondiale de l’eau: Les eaux souterraines – un trésor invisible

Chaque jour, nous exploitons la ressource « eau souterraine » cachée dans le sous-sol : ainsi, en Suisse, près de 80% de l’eau potable provient des eaux souterraines et des eaux de source. Malgré les mesures de protection en vigeur, les pesticides, les nitrates, les résidus de médicaments, le changement climatique ainsi que la surexploitation temporaire mettent à mal les eaux souterraines.  La Société suisse d’hydrogéologie (SSH), le Réseau suisse des eaux souterraines CH-GNet ainsi que la Société suisse de l’industrie du gaz et des eaux (SSIGE) et l’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA) s’engagent pour la protection à long terme des eaux souterraines.

Les eaux souterraines – un trésor caché

L’eau de pluie qui s’infiltre à travers le sol ou alimente une rivière qui atteint la nappe phréatique, est retenue dans de petites cavités et fissures dans la roche et forme la nappe phréatique. Dans les graviers et les sables du Plateau et dans les roches karstiques et fissurées du Jura et des Alpes, il existe des zones contiguës, petites ou grandes, où l’on trouve des eaux souterraines. Celles-ci se trouvent sous nos zones d’habitation, nos zones agricoles et nos forêts. Invisible pour nous sous nos pieds, l’eau souterraine ou de source est un véritable trésor caché : environ 80% de l’eau extraite en Suisse, soit la quantité impressionnante de 381 000 000 000 litres par an, provient d’eaux souterraines et d’eaux de source (voir illustration) « Les eaux souterraines et les eaux de source constituent la principale ressource pour notre eau potable. La qualité de l’eau potable en Suisse est toujours très bonne. « , explique Martin Sager, directeur de la SSIGE. « Les distributeurs d’eau sont toutefois préoccupés par la pollution croissante des eaux souterraines. En tant qu’organisation sectorielle, nous nous engageons pour la protection durable de nos ressources en eau potable ».

L’eau souterraine n’est pas seulement centrale en tant que source d’eau potable, comme l’ajoute Stefan Hasler, directeur de la VSA : « Les eaux souterraines alimentent en eau de nombreux écosystèmes et cours d’eau, et c’est ainsi qu’elles permettent une vie diversifiée et créent des zones de détente pour nous. « 

Les eaux souterraines – pourquoi nous les protégeons

« La protection et l’utilisation de cette ressource sont confrontées à de nombreux défis qui se superposent les uns aux autres. Le changement climatique influence de plus en plus le cycle de l’eau ainsi que la disponibilité des eaux souterraines. De nouvelles exigences, telles que l’irrigation agricole ou le refroidissement des bâtiments, exercent une pression supplémentaire sur l’utilisation de l’eau. « dit Adrian Auckenthaler. Il craint que dans le nord-ouest de la Suisse, lors d’étés secs, il n’y ait plus assez d’eau disponible pour toutes ces utilisations.

« A cela s’ajoute la pollution par les produits chimiques les plus divers », ajoute Stefan Hasler : « L’utilisation de pesticides dans l’agriculture et dans les jardins privés, ainsi que de nombreux produits chimiques ménagers et industriels, mettent à mal aussi bien les eaux de surface que les eaux souterraines. « La plupart de ces substances ne peuvent pratiquement plus être éliminées de l’eau. Il faut donc prendre des mesures pour éviter qu’elles n’atteignent les eaux souterraines, explique Adrian Auckenthaler : « Sur le Plateau et dans les zones urbaines, de nombreuses substances persistantes peuvent déjà être détectées dans les eaux souterraines à des concentrations trop élevées. Les campagnes de mesure actuelles de la Confédération prouvent par exemple la pollution à grande échelle de la nappe phréatique du Plateau suisse par les produits de dégradation du chlorothalonil. Les substances indésirables restent parfois décelables dans les eaux souterraines pendant des décennies, comme le montre l’exemple de l’atrazine, un herbicide interdit depuis 2012.

PFAS

Les eaux souterraines ne contiennent pas seulement des pesticides et des nitrates issus de l’agriculture. On y trouve également des substances issues des boissons sucrées, des analgésiques et des antiépileptiques. Les composés alkylés perfluorés et polyfluorés (PFAS) sont de plus en plus préoccupants. Ces PFAS sont présents dans les vêtements d’extérieur et de travail, le papier et les cartons à pizza, les tapis, les lubrifiants, ainsi que les matériaux de construction et les mousses d’extinction. Les PFAS ne sont guère dégradables et certains sont dangereux pour la santé.

Les réserves d’espaces naturels diminuent également : Les besoins en surface pour l’urbanisation, l’industrie et les infrastructures augmentent et les nappes phréatiques continuent d’être recouvertes, de sorte que les fournisseurs d’eau sont de plus en plus confrontés à des conflits d’utilisation.

Les eaux souterraines – comment les protéger

Les eaux souterraines ont besoin d’une meilleure protection, les spécialistes des organisations SSH, VSA, CH-GNet, SVGW et VSA sont d’accord sur ce point. Ainsi, les substances dont il est prouvé qu’elles posent problème et qui polluent les eaux souterraines ne doivent plus être utilisées. Afin d’empêcher l’introduction de substances particulièrement difficiles à dégrader dans les eaux souterraines, la délimitation des aires d’alimentation doit être accélérée en tant qu’instrument préventif, comme le prévoit le plan de mesures « Eau propre » du Conseil fédéral. Les aires d’alimentation désignent la zone dans laquelle se forme l’eau souterraine alimentant un captage d’eau souterraine. Pour cela, il est nécessaire de mesurer systématiquement les substances problématiques dans ces zones. Ces programmes de surveillance sont adaptés aux substances dangereuses identifiées.

L’autorisation des substances devrait tenir compte de leur persistance et de leur caractère aquatique et contribuer à éviter que ces substances n’atteignent les eaux souterraines.  

De plus, une protection active des eaux est nécessaire, en particulier un système d’évacuation des eaux urbaines qui fonctionne parfaitement. Au cours des prochaines années, de nombreuses stations d’épuration des eaux usées seront équipées d’une étape de traitement supplémentaire, qui permettra d’éliminer même les plus petites impuretés.

Eaux souterraines – nous renforçons la recherche

Les pollutions, l’activité humaine et le changement climatique mettent la qualité des eaux souterraines sous pression. « Afin d’appréhender les questions et les défis hydrogéologiques, d’élaborer des solutions et des mesures et de les mettre en œuvre, il existe un grand besoin de développement continu des compétences, d’accompagnement technique et d’échanges fluides à l’échelle de la Suisse entre la recherche et les groupes d’intérêt les plus divers », affirme avec conviction le scientifique Christian Moeck. Pour y contribuer de manière significative, il a créé avec ses collègues de l’Eawag le Réseau suisse des eaux souterraines (CH-GNet). « Avec ce réseau, nous créons une plate-forme d’échange, d’information et de mise en réseau pour les spécialistes du secteur des eaux souterraines, de la recherche, des autorités, de l’exécution et de la pratique, ainsi que pour les citoyens intéressés par le sujet », explique Christian Moeck pour décrire le nouveau réseau.

Eaux souterraines – chacun peut apporter sa contribution Tout laisser aux chercheurs et aux spécialistes ? Non, chacun peut apporter une contribution importante en adoptant une attitude consciente vis-à-vis des peintures, des vernis, des pesticides ou des produits de nettoyage. Le site wasser-wissen.ch (pour l’instant seulement en allemand) propose un concentré de connaissances pratiques sur la manière dont nous pouvons gérer au quotidien les substances dangereuses pour l’eau de manière consciente et maintenir nos eaux propres. Des conseils pratiques et des astuces pour jardiner sans pesticides et minimiser la pollution des eaux ainsi que des vidéos et des podcasts y ont été rassemblés. Un catalogue d’idées et d’outils spécifiques est également à la disposition des communes.

JOURNÉE MONDIALE DE L’EAU

La Journée mondiale de l’eau a lieu chaque année le 22 mars. Elle est célébrée chaque année depuis 1993 par les Nations unies afin de sensibiliser l’opinion publique aux 2 milliards de personnes qui vivent sans accès à l’eau potable.

Lützelquelle, (c) Société suisse d’hydrogéologie

Eau souterraine: (c) Société suisse d’hydrogéologie

Eau souterraine: (c) Société suisse d’hydrogéologie

Contact

  • Dr Adrian Auckenthaler, membre du comité de la SSS,
    T 061 552 55 20, adrian.auckenthaler@bl.ch 
  • Stefan Hasler, directeur du VSA
    T 043 343 70 72, stefan.hasler@vsa.ch
  • Christos Bräunle, responsable de la communication et de l’édition SVGWT
    T 44 288 33 69, c.braeunle@svgw.ch

Les Organisations

CH-GNet – Réseau suisse des eaux souterraines
Le réseau suisse des eaux souterraines a été créé afin de recenser les questions et les défis liés aux eaux souterraines sous la pression de nouveaux développements, d’élaborer des solutions et des mesures et de les mettre en œuvre. Le CH-GNet crée un développement continu des compétences, un accompagnement spécialisé et un échange fluide à l’échelle de la Suisse entre la recherche et les groupes d’intérêts les plus divers dans le domaine des eaux souterraines. swissgroundwaternetwork.ch/

SSS – Société suisse d’hydrogéologie
La Société suisse d’hydrogéologie (SSH) est l’association professionnelle des scientifiques, des praticiens et des membres des autorités qui travaillent dans le domaine de l’hydrogéologie. Elle compte un peu plus de 300 membres, organise chaque année un congrès spécialisé et est l’organisatrice du congrès mondial des hydrogéologues IAH 2024. hydrogeo.ch/

SSIGE – Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux
La SSIGE est l’organisation nationale de connaissances, d’expertise et de réseau des fournisseurs de gaz, d’eau et de chaleur, qui compte plus de 1300 membres. Une cinquantaine de collaborateurs travaillent pour le secrétariat à Lausanne, Bellinzone, Schwerzenbach et Zurich. La SSIGE élabore des directives, propose des formations professionnelles et des conseils, certifie des produits, des entreprises et des personnes et assume des tâches de surveillance à la décharge de l’Etat. Elle contribue ainsi de manière déterminante à l’approvisionnement durable de la Suisse en eau, gaz et chaleur. svgw.ch

VSA Association suisse des professionnels de la protection des eaux 
Depuis 1944, le VSA s’engage en tant qu’organisation professionnelle nationale pour des eaux propres et vivantes ainsi que pour la protection et l’utilisation durable de la ressource eau. Le VSA atteint ses objectifs par des offres de formation professionnelle, des informations fondées sur la protection des eaux, la publication de directives et de recommandations ainsi que par un engagement politique. vsa.ch